Histoire
Héraldique
| Rimogne De gueules à l’aigle au vol abaissé d’argent Le blason de la commune est celui de la famille De Robert du Chatelet dont Rimogne fut la propriété jusqu’en 1789 date à laquelle le dernier seigneur de Rimogne devint maire de la commune. |
Toponymie et origines
Il existe plusieurs étymologies. La première dit que Rimogne viendrait de « ru », ruisseau et de « magnus », grand. Le tout combiné aurait donné Rimogne, grand ruisseau. La Rimogneuse en serait une preuve. La seconde étymologie serait d’origine celtique. Rimogne viendrait de « rim », rampe et de « agne », élévation, étendue. Rimagne, grande rampe, serait devenu Rimogne. Une troisième étymologie est proposée par un instituteur en 1855. Rimogne viendrait de « mons ridens » signifiant montagne riante, agréable.
Enfin, une dernière étymologie qui relève de l’anecdote est également proposée par cet instituteur. Deux ouvriers ardoisiers étaient en train de manger. Le premier, étranger au village, se mit à se moquer du second qui rigolait la bouche pleine en disant « Voyez voyez y ri et mougne » (voyez voyez il rit et mange), donnant ainsi son nom au village.
La graphie du nom a évolué au fil des siècles. Voilà la succession des formes : Rieumogne, Rimegne, Rumogne, Rimoigne (Rimonium) puis Rimogne.
Le nom de Rimogne apparaît pour la première fois dans un acte signé par Pierre de Montcornet, seigneur du lieu en 1158. Il consiste en une concession de terrain accordée aux religieux de Signy pour l’exploitation d’une ressource minérale, l’ardoise. Selon l’abbé Champsaur, Rimogne n’était alors qu’un simple hameau dépendant d’un village plus au nord : Farigny où se trouvait un château qui fut détruit vers 1436 par les Liégeois. Pierre de Montcornet, fils de Hugues de Montcornet, leur renouvelle cette autorisation avant de l’étendre, en 1220, aux religieux de Signy. Les religieux de l’abbaye de Foigny entrent dans l’exploitation de l’ardoise la même année. Les religieux se partageront les ressources jusqu’au XVI siècle, date à laquelle ils vendent leurs possessions. Les laïcs entrent en jeu. Le souvenir des moines est encore présent dans le village à travers le lieu-dit et la rue de Bonne-Fontaine.
Le temps des seigneurs (1245-1899)
Croix de l’ancienne église
Rimogne a longtemps été la possession de seigneurs. À son origine, Rimogne faisait partie de la châtellenie du Châtelet, relevant elle-même de la baronnie de Montcornet. Nicolas de Montcornet fut le premier à recevoir le titre de Seigneur de Rimogne en 1245. Après le mariage de sa petite-fille avec Jean de Jeumont, la seigneurie de Rimogne change de main jusqu’à la moitié du XVI siècle. Outre le château du Châtelet, les seigneurs de Rimogne disposaient d’un autre château situé au lieu-dit l’Enclos, entouré de fossés et comportant une tour.
C’est au XIII siècle qu’est édifiée l’église, au lieu-dit du Gros Caillou. L’église, de style ogival, comporte une grande nef, deux chapelles latérales et un clocher ajouté en 1697. Le chÅ“ur gothique est percé de deux fenêtres. Le cimetière est contigu à l’église. À cette époque, Rimogne n’est pas encore une paroisse, il ne l’est devenu qu’en 1801. Le village dépend de la paroisse de Murtin-Bogny.
La famille Hénin-Liétard règne jusqu’en 1603, puis c’est la famille des De Robert du Chatelet, originaire du Béarn, qui règnera jusqu’en 1789. En 1634, selon l’abbé Champsaur, Rimogne aurait compté 40 feux y compris les veuves soit environ 250 habitants. En 1714, le village en compte le double. La Révolution française et la Terreur n’ont pas fait de victimes à Rimogne, les seigneurs de l’époque ayant été bons pour la population, celle-ci n’a exigé d’eux qu’une seule chose : qu’ils retranchent la particule de leur nom. Le dernier seigneur de Rimogne fut Jean Baptiste Louis De Robert. Né en 1724, il devient le premier maire de Rimogne en 1793. Il se rattache à la période révolutionnaire un épisode particulier. Le marquis de La Fayette s’est en effet arrêté à Rimogne en juillet 1792, là où se dressait auparavant le Château de Farigny (la division Vandamme s’y arrêta également quelques années plus tard pour se rendre à Waterloo).
Carte de Cassini vers 1780
Si la Révolution a fait cesser les privilèges, Rimogne est resté sous la coupe d’une famille longtemps encore : les Rousseau de Rimogne. Originaire de Bourgogne, cette famille s’est implantée à Rimogne avec Jean Louis Rousseau vers 1779. Les Rousseau régnèrent en maître sur le village. Ces derniers possédant en effet la presque totalité des tréfonds de la commune. Habitant une riche bâtisse surnommée le château Rousseau, on les retrouve alliés à la famille De Noirfontaine et à la famille De Vaillant de Monchy.
Le point commun à toutes ces familles est l’ardoise. Les différentes ardoisières ont en effet été leurs possessions au fil des siècles. On ne peut pas déterminer avec précision quels ont été les seigneurs à un moment donné car chaque famille a gardé une part d’intérêt dans ces ardoisières. L’histoire de Rimogne semble vouloir ne se résumer qu’à cette vie ardoisière. C’est autour de ce schiste que se sont cristallisés tous les aspects de la vie sociale, économique et politique du village.
XIX siècle
École primaire de Rimogne
Tout au long du XIX siècle, l’accroissement de la population s’accompagne par le développement des services et des infrastructures. En 1839, un bureau de poste est ouvert. Tout d’abord bureau de distribution, il devient bureau de direction en 1845. On construit également des halles non loin de la poste, sur la Grand Place du village, actuelle place de la République, permettant d’organiser des marchés et des foires. Ces halles seront détruites au début du XX siècle.
L’école, qui jusqu’en 1841 était dispensée dans la sacristie de l’ancienne église, a désormais lieu dans un grand bâtiment construit dans le haut du village sur un terrain octroyé par la Compagnie des ardoisières après que la commune lui a donné le droit d’exploiter l’ardoise sous les rues du village. Elle accueille une classe de filles et une classe de garçons au rez-de-chaussée. À l’étage se trouve la salle de la mairie et les logements des instituteurs. Le premier instituteur à y habiter est Jean-Baptiste Buridant. L’école enfantine sera créée en 1900.
Église Saint Brice
L’ancienne église où étaient inhumés les seigneurs du lieu est vendue puis rasée. Ses murs ne permettaient en effet plus d’accueillir la population de Rimogne grandissante. C’est le 11 mai 1845 que les travaux de la nouvelle église dédiée à saint Brice commencent au lieu-dit Le Gard. Construite sur les plans de l’architecte Louis Clément Labarre, l’église est consacrée le 13 octobre 1847 par l’archevêque Gousset. L’église abrite les reliques de saint Brice et de sainte Chantal. Le cimetière situé près de l’ancienne église est abandonné vers 1825, le nouveau cimetière est créé (on ouvrira une deuxième section de ce cimetière en 1937).
Une autre des modernisations du village, et non des moindres, est la construction d’une gare ferroviaire sur la ligne qui relie Charleville à Hirson. Les travaux débutent en 1867 et la gare est opérationnelle deux ans plus tard. Il y aura sur le territoire de la commune trois postes de garde-barrières, un situé près de la gare, un situé au lieu-dit Pont d’Arrête-Eaux et un situé près d’Hubert-Champ. La gare a permis le développement des ardoisières. L’acheminement des ardoises fabriquées était en effet fastidieux en carrioles. Le train a permis d’augmenter la productivité. Dans les années 1940, trois trains circulaient par jour : un train de voyageurs le matin et le soir et un train de marchandises.
La fin du XIX siècle voit également arriver à Rimogne les conduites d’eau. Plusieurs bornes-fontaine sont installées dans le village. Un employé est chargé de fermer les eaux tous les soirs et de les rouvrir le lendemain. La conduite principale se situe sous la route nationale. Ces adductions d’eau ont sans conteste amélioré les conditions de vie de la population de Rimogne composée en majeure partie d’ardoisiers. Plusieurs lavoirs viennent compléter ce dispositif dans plusieurs endroits de la commune.
C’est également au XIX siècle que s’est installée une communauté de religieuses à Rimogne. Ces sÅ“urs étaient de l’Ordre du Très Saint Sauveur. Elles habitaient une maison non loin du presbytère. Cette communauté restera à Rimogne jusque dans les années 1960. Les sÅ“urs s’occupent avec le curé de la vie religieuse du village en encadrant par exemple les loisirs des jeunes filles lors du patronage ou en dispensant les soins infirmiers dans le village.
Rimogne et les guerres
Détail du monument aux morts de 1870
De par sa situation géographique, Rimogne s’est trouvé sur le passage des armées lors des trois dernières grandes guerres pour comprendre. La guerre franco-allemande de 1870 est la première d’entre elles. L’armée prussienne bombarde le village trois fois entre le 16 novembre et le 22 décembre. Le général Boulanger indique dans son ouvrage sur l’invasion de 1870 que la population rimognate est effrayée par l’annonce de l’arrivée des uhlans et des volontaires surveillent la voie de chemin de fer. Le lendemain, l’armée ordonne l’occupation de la gare. Avant l’invasion du village par les Prussiens, Rimogne accueille également une ambulance pour soigner les soldats français. Cette ambulance logée dans le château du bois Châtelain est entre autre prise en charge par l’abbé Champsaur qui est emmené comme otage lors de l’invasion, Charles Thiébault, syndic d’ardoisières, Antoine Théophile Philippot, l’instituteur et Sébastien Wautier, le directeur des ardoisières. Six soldats blessés lors de la bataille de Sedan meurent à l’ambulance.
Monument aux morts des deux guerres
En 1914, Rimogne est de nouveau être envahi. Les Allemands entrent dans le village très vite après le déclenchement du conflit : le 26 août 1914 ils défilent sur la route nationale. Les Rimognats, au courant de l’avance des armées de Guillaume II, partent dans un exode forcé, le village se vide petit à petit. Une ambulance militaire est installée dans le château Rousseau. La population civile peut s’y faire soigner par des médecins allemands. La Kommandantur est située non loin de là dans la maison et les bureaux du directeur des ardoisières. Une Sous-Kommandantur est installée dans la maison des Mas/Normand au 31 de l’actuelle avenue Pasteur. Un Syndicat d’émission de Bons communaux a été instauré le 16 février 1916 pour émettre des bons payables un an après la fin de la guerre. Le président de ce syndicat était le docteur Desplous, médecin de la commune. Le 6 novembre 1918 au matin, la Kommandantur est évacuée. Le docteur Desplous, qui s’était dévoué aux villageois restés au village, meurt d’épuisement. Il est déclaré mort pour la France « des suites de ses fatigues du dur régime qu’il dut subir pendant 50 mois ». Cinquante quatre personnes sont inscrites au monument aux morts du village, six d’entre elles sont des victimes civiles.
Le 10 mai 1940, Rimogne est de nouveau la cible des troupes allemandes. Le village est bombardé par la Luftwaffe à plusieurs reprises. Plusieurs personnes sont tuées et plusieurs autres blessées. Des bâtiments sont soufflés dont le château des De Monchy ainsi que la maison Sinniger, patron de l’usine d’émail. Les cibles des bombardements étaient non seulement les axes de communication mais également un état-major médical en poste dans plusieurs maisons du village. Beaucoup de Rimognats se sont comme en 1914 lancés sur les routes de l’exode pour se rendre pour la plupart en Vendée et dans le Rhône. Une fois les Allemands entrés à Rimogne, les terres des agriculteurs sont réquisitionnées pour être mises en commun afin de produire pour le Reich. Un chef de culture est en poste dans le château de l’Enclos. Les soldats allemands mettent également en place deux postes d’observation : un dans le clocher de l’église et un au lieu-dit la Poule Noire. Les habitants restés dans la zone interdite mènent une vie très difficile. Rimogne est libérée le 4 septembre 1944 par les Américains. Les noms des dix-sept victimes rimognates sont portés au monument aux morts. Neuf d’entre elles ont été victimes des bombardements du 10 mai 1940.
De 1945 Ã aujourd’hui
L’après-guerre marque à Rimogne le début de son déclin économique. Les années les plus critiques sont les années 1970. Le 15 juillet 1971, les ardoisières ferment leurs portes. Il en est de même pour la gare qui est reconvertie en logement. En 1973, l’usine des Émaux ferme à son tour ainsi que la dernière brasserie. L’activité économique du village est réduite au quasi-néant. Il reste l’usine de broyage d’ardoise située près de la gare. Toutefois cette dernière étant située sur le territoire de la commune d’Harcy, les retombées fiscales ne profitent pas à Rimogne.
Les commerces et les artisans sont également touchés. Le dernier cordonnier ferme en 1980 alors que l’on en comptait au moins 11 au XIX siècle. Les derniers bouchers ferment, eux qui étaient 12 au siècle dernier. La modernisation des industries a également fait disparaitre petit à petit les maréchaux-ferrants. On en comptait 27 entre 1800 et 1900. Les commerces d’alimentation et de fournitures, très nombreux au XIX siècle ont fermé un à un. Au début des années 1990, il n’en restait plus que deux, aujourd’hui fermés et remplacés par une supérette.
Rimogne qui avait longtemps eu une brigade de douane et une brigade de sapeurs pompiers en est aujourd’hui dépourvu. La brigade de gendarmerie est depuis le 1er janvier 2003 en communauté de brigade avec celle de Renwez. Il ne reste plus qu’une permanence. La poste, fondée en 1839, ne trie plus le courrier, ce qui est désormais fait à Maubert-Fontaine. Aujourd’hui ce sont les écoles et le collège qui permettent de garder une activité du fait que de nombreux élèves des communes alentours les fréquentent. Rimogne est devenu un village de services qui se tourne progressivement vers le tourisme.